SAINTE SOLANGE

Sainte Solange, par Auguste Charpentier (1815-1880) Maison de George Sand, Nohant Sainte Solange, qui aurait vécu à la fin du IXème siècle, est la patronne du Berry.

«On la représente gardant ses moutons, avec une étoile au-dessus de sa tête; d'autres fois, elle est agenouillée au pied d'une croix, et entourée de son troupeau; on aperçoit dans le lointain le comte Bernard, accompagné d'un écuyer. Enfin, on la voit, le plus communément, portant sa tête entre ses mains.» (Guérin)

La légende

La légende raconte que Solange (ou Soulange) était une jeune bergère, très belle. Elle habitait Villemont, paroisse de Saint-Martin-du-Crot, dans un lieu appelé le pré Verdier. Un jour qu'elle gardait son troupeau, Bernard de la Gothie, fils de Bernard, comte de Bourges, de Poitiers et d'Auvergne, la rencontra. Frappé par sa beauté, il fut pris d'une passion soudaine pour la jeune fille et lui proposa de l'épouser. Mais Solange refusa, «parce qu'elle avait voué sa vie à Jésus-Christ» (Badin et Quantin) et qu'elle ne voulait pas d'autre époux. Le prince redoubla ses assiduités auprès de la bergère. Devant le refus réitéré de la belle, peu habitué sans doute qu'on opposât une résistance à ses désirs, il passa bientôt des prières aux menaces puis à la violence. Il tenta de forcer Solange. Celle-ci s'enfuit. Son galant furieux la poursuivit, et tirant l'épée, l'atteignit et lui trancha la tête.

Selon la légende, la petite bergère aurait alors prononcé encore trois fois le nom du Sauveur, puis ramassant sa tête 1) , l'aurait porté en l'Eglise de Saint-Martin, où elle fut inhumée.

Le culte de Sainte Solange en Berry

La tradition a retenu le 10 mai 878 comme date du martyre de Solange. Son culte est resté important en Berry depuis le moyen-âge jusqu'à notre époque. Inhumée au cimetière de Saint-Martin, on exhuma les restes de la sainte «à cause des miracles qu'ils opéraient» (Guérin). D'abord recueillis dans une châsse en bois, ils furent ensuite placés dans une châsse en cuivre. La dernière translation eut lieu en 1511. En 1657, la ville de Bourges fit don d'une châsse d'argent pour y placer l'ancienne. Puis en 1793, pendant la Révolution, les reliques furent dispersées.
La croyance populaire attribue à la vierge de Villemont de nombreux miracles opérés par son intercession : aveugles qui recouvrent la vue, muets qui retrouvent la parole, sourds qui peuvent de nouveau entendre. Les malades «de toute espèce» guérissent, les possédés sont délivrés…
Les habitants de Bourges avaient recours à Sainte Solange «dans les calamités publiques». On portait en procession, dans leurs murs, la châsse qui contenait les reliques de la sainte. «Le 31 mai 1637, Henri de Bourbon, prince de Condé, se rendit en pèlerinage à Sainte-Solange et voulut conduire lui-même, à la métropole, les saintes reliques que la population entière réclamait. Ce fut pour Bourges un jour de fête; on jonchait de fleurs les rues par lesquelles la châsse devait passer; le devant des maisons était tapissé; de toutes parts on n'entendait que de pieux cantiques.» (Raynal)
Ces processions avaient lieu particulièrement dans les temps de sécheresse. On a conservé le procès-verbal de la dernière qui eu lieu, en 1730.
«Le 10 mai, anniversaire de sa mort, le lundi de la Pentecôte, anniversaire de la translation de ses reliques et de la dédicace de son Eglise, une foule immense de pèlerins, de malades, de mères, tenant leurs enfants dans leurs bras, viennent invoquer son intercession et chercher autour de son église sinon la santé, au moins l'espérance. Sa châsse est portée processionnellement par des hommes revêtus d'aubes et couronnés de fleurs. Cette châsse en bois argenté, aujourd'hui vide des reliques de la Sainte, a remplacé une châsse en argent détruite pendant la Révolution et que la ville de Bourges avait offerte à la modeste église de village en 1657. Jadis, en effet, toutes les fois que régnaient de longues sécheresses, on apportait solennellement, à Bourges, les reliques de sainte Solange, et on a conservé la mémoire de plusieurs de ces processions que des pluies abondantes avaient suivies de bien près.» (Raynal)

Au XIXème siècle (en 1874), une chapelle fut édifiée sur le lieu supposé de son martyre, à moins d'un kilomètre du village qui porte désormais son nom.

On fête aujourd'hui encore Sainte Solange le lundi de la Pentecôte. Des membres de la communauté villageoise ainsi que des pélerins, souvent nombreux, y portent toujours en procession la châsse qui contenait les reliques de la sainte, témoignage d'une religiosité populaire toujours vivace et qui a traversé les siècles.

Références

Badin et Quentin : Géographie départementale, classique et administrative de la France, Département du Cher, Paris, 1847

Guérin, Paul : Les petits Bollandistes : vie des saints, tome 5, 7ème édition, Paris, 1876

Raynal, Louis : Histoire du Berry depuis les temps les plus anciens jusqu'en 1789, Vermeil, 1844-1847, p. 313 et suivantes

Dolbouc, Jean : Sainte Solange du paganisme au christianisme, publié sur le site de Thibault Isabel, http://www.thibaultisabel.com/page54.html
L'article de Jean Dolbouc, originaire de Vierzon, nous donne l'occasion de compléter la bibliographie par deux références :

Lapaire, Hugues : « Sainte Solange », in Les légendes berrichonnes : légendes rustiques, historiques & religieuses, superstitions du Haut & Bas-Berry, Champrond-en-Gâtine, Editions du Colombier, 2003

Defrasne, Jean : Mystères et légendes du Berry, Cabedita, Yens-sur-Morges (Suisse), 2006

1) La représentation du saint martyr ramassant sa tête est familière dans l'iconographie des saints chrétiens. Dans sa Vie des Saints, Jacques de Voragine raconte par exemple un épisode semblable concernant Saint Denis, décapité, qui ramasse sa tête et continue son ascension de la butte Montmartre, «guidé par un ange» …

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