ROLLINAT, Maurice

Maurice ROLLINAT (1846-1903) Poète, compositeur, musicien, chanteur

Maurice Rollinat, né à Châteauroux le 29 décembre 1846, mort à Ivry-sur-Seine le 26 octobre 1903

Vie et oeuvres

  Le père de Maurice Rollinat, François Rollinat est avocat et député de l’Indre en 1848. Maurice suit ses études à l’école Saint-Pierre, puis au Lycée Impérial de Châteauroux. Maurice se passionne très tôt pour la musique et la poésie. George Sand, liée par une solide amitié à son père, encourage Maurice à poursuivre dans l’écriture. En 1866, il est employé comme clerc chez un notaire à Orléans. Son père meurt le 13 août 1867, et son frère aîné, Émile, se suicide à l'âge de 33 ans lors d’une crise de démence. Maurice suit des cours de droit à Paris avant d’entrer en 1872 à l’état civil de la mairie du 7ème arrondissement.

Il parvient à se faire publier dans La Renaissance littéraire et artistique en 1873, puis le Parnasse contemporain publie Les Cheveux, poésie de dix-huit quatrains en 1876.

Rollinat édite sans succès en 1877, Dans les brandes, recueil dédié à la mémoire de George Sand décédée le 8 juin 1876.

Le 19 juillet 1878, il épouse Marie Sérullaz, issue d’une famille aisée et lettrée. Il fréquente au Quartier Latin, les réunions du Cercle des Hydropathes, fondé par Émile Goudeau. Il met ses poèmes en musique et les interprète lors de ces réunions en s’accompagnant au piano. Sa voix dotée de trois octaves impressionne.

Il retrouve aux Hydropathes deux poètes originaires du Berry, Maurice Mac-Nab (né en 1856 à Vierzon) et Paul Bilhaud (né en 1854 à Allichamps, dans le Cher).

Rollinat fait la couverture du numéro 8 de la revue Les Hydropathes du 5 mais 1879.

Les Hydropathes montent à Montmartre, au cabaret du Chat Noir en 1881 ; Rollinat s’y produit. Il publie une dizaine de textes dans le journal du cabaret en 1882. Rollinat fréquente le salon de Sarah Bernhardt, le journaliste Albert Wolf en fait un compte-rendu remarqué dans Le Figaro du 9 novembre 1882. L’année suivante, Rollinat publie Les Névroses, son deuxième recueil. C’est la reconnaissance, teintée cependant de critiques virulentes et moqueries. Rollinat est fortement inspiré par Edgar Poe et Charles Baudelaire, certains l’accusent presque de plagier ses références.

Sa femme se sépare de lui, n’appréciant pas la fréquentation des bohèmes et des poètes. Alors qu’un avenir brillant se présente à lui à Paris, il quitte la capitale à la surprise de tous et s’installe à Fresselines, dans la Creuse avec une nouvelle compagne, la comédienne Madame de Gournay (Cécille Pouettre).

Rollinat partage son temps entre l’écriture, la pèche et les randonnées pédestres. Son écriture reflète son amour de la campagne, des animaux, de la végétation, des saisons, mais également un net penchant pour le macabre. Une mélancolie indescriptible dont il ne se séparera jamais.

Sa compagne, Madame de Gournay (Cécile Pouettre), meurt de la rage au mois d’août 1903. Rollinat tente de mettre fin à ses jours en se tirant une balle de petit révolver dans la tête, mais la blessure est bénigne.

Rollinat, affaiblit par le marasme psychologique, est hospitalisé à la clinique du docteur Moreau à Ivry où il s'éteint le 26 octobre 1903. Rollinat est enterré au cimetière Saint-Denis de Châteauroux.

L'épitaphe

Quand on aura fermé ma bière
Comme ma bouche et ma paupière,



Que l’on inscrive sur ma pierre :
– « Ci-gît le roi du mauvais sort.
« Ce fou dont le cadavre dort
« L’affreux sommeil de la matière,
« Frémit pendant sa vie entière
« Et ne songea qu’au cimetière.
« Jour et nuit, par toute la terre,
« Il traîna son coeur solitaire
« Dans l’épouvante et le mystère,
« Dans l’angoisse et dans le remord.
« Vive la mort ! Vive la mort ! »

Postérité

À la mort de Rollinat, ses amis commandent à Auguste Rodin un monument commémoratif. Le 21 octobre 1906, est inauguré un bas-relief intégré à la façade du chevet de l'église Saint-Jean de Fresselines. Il est constitué d'un cadre en pierre, entourant un bas-relief en marbre (voyant pour la dernière fois le visage de la femme aimée représentée la tête appuyée sur sa main gauche, un homme, les mains sur le visage, se noie). Le bas-relief n'est pas signé de Rodin, suite à un désaccord entre le sculpteur et les commanditaires, ceux-ci reprochant au sujet représenté de ne rappeler en rien Rollinat. Le Musée Rodin conserve quelques esquisses de cette œuvre.

Plusieurs journalistes consacrent Rollinat dans leurs articles : Albert Wolf, Le Figaro, 9 novembre 1882. Les Frères Goncourt dans leur Journal (14 juin 1883, 18 mars 1886, 24 mars 1886, 20 mai 1886…). Gustave Geffroy, dans Notes d’un journaliste, mars 1887. Charles Monselet, Portraits contemporains, 1888. Armand Dayot, Le Long des routes, 1897. Adolphe Brisson, Pointes sèches, 1898. Gustave Kahn, La Nouvelle revue, 15 novembre 1903…

Au mois de février 1902, répondant à l’enquête de la revue L’Ermitage interrogeant cent-vingt-cinq poètes sur leur poète préféré, Rollinat écrit : «Les grands poètes n’appartiennent pas à telle ou telle nation, mais à l’Humanité toute entière : si donc j’aime et j’admire passionnément lord Byron, Lamartine et Baudelaire, il n’y a vraiment que le surnaturel Edgar Poe qui soit le sorcier de mes songes, le cher démon familier de ma tristesse et de ma solitude !»

Rollinat met en musique, pour l’éditeur Heugel, une centaine de ses poésies, ainsi qu’une quinzaine de poèmes de Baudelaire et Le Bucheron de Pierre Dupont. Ces « chansons » sont publiées en recueils ou en « petits formats ».

Références

Publications :

  • Participe à Dizains réalistes, recueil collectif publié aux éditions de l’Eau-forte en 1876 avec Charles Frémine, Charles Cros, Antoine Cros, Germain Nouveau, Jean Richepin, Nina de Villard…
  • Dans les brandes (dédié à George Sand), éditions Sandoz & Fischbacher, 1877.
  • La Nature, éditions Charpentier & Fasquelle, 1882.
  • Les Névroses, éditions Charpentier & Fasquelle, 1883.
  • L'Abîme, éditions Charpentier & Fasquelle, 1886.
  • Les Matins roses, Maurice Rollinat, Théodore de Banville, Gabriel Vicaire, François Coppée, éditions Lemerre, 1891.
  • Le Livre de la nature, choix de poésies pour les enfants, éditions Delagrave, 1893.
  • Les Apparitions, éditions Charpentier & Fasquelle, 1896.
  • Ce que dit la Vie et ce que dit la Mort, éditions L. Séry, Issoudun, 1898.
  • Paysages et paysans, éditions Charpentier & Fasquelle, 1899.
  • En errant, proses d'un solitaire, éditons Charpentier & Fasquelle, 1903.

Publications posthumes :

  • Ruminations : proses d'un solitaire…, éditions Charpentier & Fasquelle, 1904.
  • Les Bêtes, éditions Charpentier & Fasquelle, 1911.
  • Fin d'œuvre, éditions Charpentier & Fasquelle, 1919.
  • Choix de poésies, éditions Charpentier & Fasquelle, 1926.

Sur le Net


Outils personnels