Maurice MAC-NAB

MAC-NAB, Maurice

Poète, chansonnier, illustrateur (1856-1889)

Un enfant de Vierzon

Edouard Mac-Nab épouse à Paris, le 22 juillet 1850, Louise, Marie, Béatrix Penfentenyo de Cheffontaines (famille de souche bretonne descendante d’Hugues Capet), née en 1819.

En 1850, Edouard Mac-Nab est élu maire de Vierzon-village. Il restera en fonction jusqu’en 1852. Le 4 janvier 1856, la famille Mac-Nab s’agrandit (Edouard a quarante-quatre ans et Louise, trente-six). Naissent à Vierzon, au château de Faix, deux frères jumeaux : Jean, Valérien, Maurice et Edouard, Alexandre, Donald (depuis Edward Stuart, c’est une coutume chez les Mac Nab d’appeler un de leurs fils, Edouard). Puis en 1857, naît Clotilde, en 1858, Georges et, en 1859, Allan.

Maurice et Donald suivent leur scolarité au séminaire de la Chapelle-Saint-Mesmin près d’Orléans. Maurice y écrit ses premiers textes.

Le 6 octobre 1872, Edouard Mac Nab, criblé de dettes, vend le château de Faix et le domaine de Faix, près du château, ainsi que la tuilerie, l’étang, les fermes, les bois, champs, pacages, sablières… en tout cent-soixante-dix hectares, à l’industriel vierzonnais Alexandre Célestin Gérard, pionnier de la machine agricole à vapeur. Le clan Mac Nab se disperse ensuite. Une partie de la famille Mac Nab, dont les jumeaux Maurice et Donald, s’établit en région parisienne, à Choisy-le-Roi. Le père, Edouard, s’installe en Algérie.

Vers 1875, Maurice Mac Nab s’acquitte de ses obligations militaires qu’il égaie en écrivant. Il quitte ses compagnons en 1877 avec le grade de Maréchal des Logis Fourrier d’Artillerie.

Les Débuts

Très tôt attiré par la poésie, Maurice ne cesse d’écrire. En 1878, à Paris, il fréquente le Cercle des Hydropathes du poète Émile Goudeau au Quartier latin, où il déclame ses textes. Son jumeau Donald suit des études d’ingénieur.

«Mac-Nab n’a que trois gestes, de même qu’il n’a que trois notes dans la voix ; mais quels gestes ! mais quelles notes ! l’effet est irrésistible, sans qu’il se déride lui-même. Chaque fois qu’il ouvre la bouche pour réciter ses vers, il a l’air de prononcer une oraison funèbre. Mac-Nab possède la voix la plus rauque et la plus fausse qu’il soit possible d’imaginer ; on croit entendre un phoque enrhumé. Mais cela l’inquiète peu. Il chante tout de même, sans se préoccuper des gestes désespérés d’Albert Tinchant son accompagnateur ordinaire. Mac-Nab, long, maigre, étriqué, porteur du faciès tragique de ceux-là qui ont reçu du ciel la haute mission de venir jeter un peu de joie en ce siècle d’habits noirs et des chapeaux funèbres, Mac-Nab prenait place devant son piano et avec un zézaiement qui n’était pas un des moindres charmes de son talent déclamatoire, il annonçait solennellement : L’Expulsion. Et aussitôt une clameur d’enthousiasme emplissait la salle, cassait les vitres, couvrait de brouhaha des échanges de bocks…1)».

Employé de la Poste et pilier du Chat Noir

Le 19 octobre 1881, Maurice Mac-Nab fait son entrée professionnelle dans l’administration de la Poste où il est employé comme surnuméraire. Peu de temps après, au mois de novembre, les Hydropathes « montent » à Montmartre au cabaret du Chat Noir situé 84 boulevard Rochechouart. Mac-Nab est du voyage.

En 1886, l’éditeur Léon Vanier publie Poèmes mobiles le premier recueil de Mac-Nab qu’il illustre lui-même. Ce volume est suivit de Poèmes incongrus l’année suivante, toujours publié chez Vanier.

La maladie

Mac-Nab travaille le jour à la Poste et le soir au cabaret du Chat Noir. En 1888, atteint de tuberculose, il décide de s’éloigner de la capitale et de rejoindre Cannes où, pense-t-il, le climat lui sera profitable. Depuis Cannes, Mac-Nab publie quelques rares textes dans la presse locale. Sentant ses forces s’amoindrir, et le climat ne changeant rien à son état, Mac-Nab remonte à Paris. Il est finalement hospitalisé à l’hôpital Lariboisière, à la fin du mois d’octobre. Maurice Mac-Nab meurt dans la nuit du mercredi 25 au jeudi 26 décembre 1889, il n’a pas 34 ans. Ses obsèques ont lieu le matin du lundi 30 décembre en l’église Saint-Vincent-de-Paul. Le poète « en bois » est enterré en suite au cimetière du Père-Lachaise, 49e division. L’éditeur Au Ménestrel-Heugel publie en 1890 un recueil de 12 chansons de Mac-Nab intitulé Chansons du Chat Noir. L’année suivante, cet éditeur publie Nouvelles chansons du Chat Noir, 12 autres chansons.

Cent titres édités !

Son travail dans les bureaux de poste, ses activités au cabaret du Chat Noir et la maladie qui se déclare alors que Maurice est encore jeune lui laissèrent peu de temps pour écrire un œuvre fournie ; guerre plus de cent textes furent édités (édités et non écrits, car il paraît évident que Maurice a écrit plus que cela). Nous devons ajouter Malvina 1re, opéra-comique en 3 actes, écrit par Maurice Mac-Nab et P. Manoury sur des musiques de Théophile Hirleman qui fut joué aux Folies-dramatiques le 13 juin 1900.

Mac-Nab, réactionnaire ?

Mac-Nab écrivit peu, sans agressivité mais avec une grande minutie. Il ne se prit pas au sérieux, ne donna de leçon à personne et ne polémiqua jamais. Grâce à cela et à son humour, il ne fut pas attaqué, ni politiquement, ni par ses confrères qui le respectaient trop. Au contraire tous louaient ses qualités d’écriture et sa malice. Mac-Nab aimait s’en prendre aux défauts des politiciens, surtout des « petits », qui ne rêvent qu’être à leur tour dans « l’assiette au beurre ». Mac-Nab attaqua rarement de front et préféra user d’humour et de second degré (L’Expulsion est ironiquement dédié à MM. les Députés de la gauche). Son humour second degré fut parfois mal compris : lorsque Mac-Nab écrivit Le Grand métingue du Métropolitain, charge envers le monde ouvrier et ses travers, notamment l’alcoolisme, il fut loin de se douter que son texte serait pris au premier degré et que le « populo » ferait de sa chanson une sorte d’hymne syndical que l’on entendit pendant longtemps dans les réunions et dans les manifestations. Aujourd’hui encore, cette chanson passe pour être une chanson révolutionnaire. Comment imaginer Mac-Nab sérieux lorsqu’il débute son texte par ces deux vers détonants :

C’était hier, samedi, jour de paye,
Et le soleil se levait sur nos fronts ;

En revanche, si Mac-Nab fut un chansonnier réactionnaire il ne fut jamais belliqueux. Il se méfia même des adeptes d’un certain patriotisme, bruyant et encombrant, qui avait le don de l’agacer spécialement (Donald Mac-Nab). Sans doute visait-il ici, en autre, La Ligue des patriotes, Déroulède, et consorts. En ce qui concerne l’antisémitisme si souvent présent dans les textes de ses confrères du Chat Noir, il est totalement absent des écrits de Mac-Nab.

Le Grand métingue du métropolitain

C’était hier, samedi, jour de paye
Et le soleil se levait sur nos fronts ;
J’avais déjà vidé plus d’un’ bouteille
Si bien qu’ j’m’avais jamais trouvé si rond.
V’là la bourgeois’ qui rappliqu’ devant l’ zingue :
« Brigand, qu’ell’ dit, t’as donc lâché l’ turbin ? »
Oui, que j’ réponds, car je vais au métingue,
Au grand métingu’ du métropolitain !
Oui, que j’ réponds, car je vais au métingue,
Au grand métingu’ du métropolitain !
Les citoyens, dans un élan sublime,
Étaient venus guidés par la raison.
À la porte, on donnait vingt-cinq centimes,
Pour soutenir les grèves de Vierzon.
Bref, à part quat’ municipaux qui chlingue
Et trois sergots déguisés en pékins,
J’ai jamais vu de plus chouette métingue,
Que le métingu’ du métropolitain !
J’ai jamais vu de plus chouette métingue,
Que le métingu’ du métropolitain !
Y avait Basly, le mineur indomptable,
Camélinat, l’orgueille du pays…
Ils sont grimpés tous deux sur une table,
Pour mettre la question sur le tapis.
Mais tout à coup on entend du bastringue,
C’est un mouchard qui veut fair’ le malin,
Il est venu pour troubler le métingue,
Le grand métingu’ du métropolitain !
Il est venu pour troubler le métingue,
Le grand métingu’ du métropolitain !
Moi j’ tomb’ dessus, et pendant qu’il proteste,
D’un grand coup d’poing j’y renfonc’ son chapeau ;
Il déguerpit sans demander son reste,
En faisant signe aux quat’ municipaux ;
À la faveur de c’que j’étais brind’zingue
On m’a conduit jusqu’au poste voisin…
Et c’est comm’ça qu’a fini le métingue,
Le grand métingue du métropolitain !
Et c’est comm’ça qu’a fini le métingue,
Le grand métingue du métropolitain !
Peuple français, la Bastille est détruite,
Et y a z’encor des cachots pour tes fils !…
Souviens-toi des géants de quarante-huite
Qu’étaient plus grands qu’ ceuss’ d’au jour d’aujourd’hui
Car c’est toujours l’pauvre ouverrier qui trinque,
Mêm’ qu’on le fourre au violon pour un rien…
C’était tout d’ même un bien chouette métingue,
Que le métingu’ du métropolitain !
C’était tout d’ même un bien chouette métingue,
Que le métingu’ du métropolitain !

Les grandes grèves de Vierzon, ont eu lieu en 1886. Camélinat, cité dans le texte, était présent. Émile Basly était un ancien mineur, élu député du Pas-de-Calais en octobre 1885. Zéphirin Camélinat, ami de Proudhon, était un ouvrier graveur, directeur de la Monnaie sous la Commune, élu député de la Seine en octobre 1885.

Quant au thème principal de la chanson, Mac-Nab s’est inspiré d’une des nombreuses et houleuses réunions publiques à Paris, afin de préparer la construction du métropolitain de Paris. Les conservateurs voulaient faire financer les travaux par des souscriptions et des impôts nationaux. Les parisiens voulaient leur métro et les députés de province refusaient de payer pour un moyen de transport que seuls les parisiens allaient emprunter. La mobilisation du Conseil municipal de Paris et des parisiens firent échouer les projets « capitalistes » des grandes compagnies. Le métropolitain de Paris sera inauguré le 19 juillet 1900.

Le nom de Maurice Mac-Nab est définitivement scellé à la ville de Vierzon qui a donné son patronyme à une de ses rues, ainsi qu’à son Théâtre municipal. Une plaque commémorative est posée sur un des piliers de l’entrée du Château de Fay.

Références

Mac-Nab Maurice , Thèse pour le doctorat du mal aux cheveux et de la gueule de bois, illustrations Uzès. les mille univers, Bourges, 2007.

Mac-Nab Maurice, Poèmes mobiles, œuvres complètes, Préface et notes de François Caradec. L’Atelier des Brisants, 2002.

Biau Patrick, Maurice Mac-Nab, Poète mobile et incongru, Les mille univers, Bourges, 2008.

Lien externe : http://www.mille-univers.net/

Sur Berrypédia : Stéphane BRANGER

1) Bertrand Millanvoye, Anthologie des poètes de Montmartre, éditons Ollendorff

Outils personnels