CADURC,un clerc berrichon au coeur de l'Histoire de France

C'est avec l’avènement de Louis VII que Cadurc, clerc berrichon apparaît sur la scène politique. Louis VII en effet le nomme dans les premières années de son règne ( 1140 - 1141 ?) son chancelier. La charge est d’importance. Le chancelier est même le plus important des officiers de la couronne, puisqu'il est tout à la fois: - ministre des cultes – il veille aux nominations ecclésiastiques - garde des sceaux – il fait rédiger par ses notaires les édits royaux – chambellan – il veille aux besoins du roi, ce qui l’introduit dans son intimité.

De plus Louis VII nomme Cadurc à cette fonction en le préférant à un proche de Suger, le tout puissant conseiller de son défunt père. Là d’ailleurs ne s’arrêtent pas les faveurs du Roi, puisque Louis VII veut l’imposer sur le siège de l’évêché de Bourges, primatie d’Aquitaine, siège devenu vacant à la mort en 1141 d’Albéric de Reims.

Or cette candidature de Cadurc au siège épiscopal de Bourges, candidature soutenue par Louis VII va déboucher sur une importante affaire politico-religieuse. En effet le chapitre de la cathédrale ne suit pas les vœux du Roi et choisit Pierre de la Châtre que le Pape confirme aussitôt. Le Roi mécontent fait alors interdire à Pierre l’entrée de la ville de Bourges. Pierre se réfugie auprès de Thibaut de Champagne et en appelle au Pape qui « réprimande » - comme un enfant capricieux ! – Louis VII. Louis VII piqué par le ton condescendant du Pape refuse d’obéir et jure même sur les saintes reliques qu’il ne laissera jamais entrer Pierre de la Châtre dans Bourges. Innocent II jette alors l’interdit sur les localités où séjourne le Roi. L’affaire s’enlise. Louis VII, refusant de céder, continue à soutenir la candidature de Cadurc et refuse toujours l’entrée de Bourges à Pierre de la Châtre.

Louis VII en effet, outre le « désagrément » de l’interdit, se trouve aux prises avec un double problème d’autorité. Premier problème. Faut-il laisser le Pape l’emporter sur le Roi dans un conflit de nominations épiscopales ? Deuxième problème. Le Royaume de France à l’époque est organisé suivant le système féodal. La France est formée d’une pyramide de suzerains et de vassaux, le Roi étant le suzerain suprême à qui on doit obéissance. Or la plupart des grands vassaux du Roi ont des possessions souvent très supérieures aux possessions du roi (domaine royal) et affirment vis à vis du Roi leur indépendance.

Pour solutionner l’affaire de Bourges, une guerre, la guerre de Champagne, sera nécessaire. L’affaire de Bourges rebondit en effet de façon inattendue et même s’envenime. L’épouse de Louis VII, Aliénor d’Aquitaine a une jeune sœur Pétronille qui a une liaison avec un cousin du Roi, Raoul de Vermandois. Les deux amants veulent s’unir par le mariage. Mais Raoul est déjà marié. Et marié justement à une nièce de Thibaud de Champagne. L’affaire pourrait facilement se « solutionner » par l’annulation du premier mariage de Raoul par suite de consanguinité. Le procédé d’annulation d’un mariage par suite de consanguinité est fréquent à l’époque parmi les grands seigneurs (qui pour des questions d’héritage se marient tous entre eux ! ), mais il nécessite l’accord du Pape. Or ici le Pape Innocent II, déjà fort mécontent de Louis VII par suite de l’affaire de Bourges, refuse d’admettre la consanguinité. Et bien sûr, Thibaud de Champagne ( qui soutenait Pierre de La Châtre candidat du Pape ) soutient sa nièce et le Pape. Les protagonistes de l’affaire de Bourges se retrouvent donc face à face à nouveau. Louis VII décide de trancher. Il monte une expédition contre Thibaut de Champagne. C’est la guerre de Champagne avec l’occupation par les troupes du Roi de Reims et de Chalons.

L’intervention de Bernard de Clairvaux et la mort du Pape Innocent II remplacé par Célestin II plus accommodant viendront à bout de l’obstination de Louis VII qui acceptera finalement Pierre de la Châtre comme évêque de Bourges. Louis VII n’en gardera pas moins sa confiance à Cadurc qui restera, pour quelques temps du moins, chancelier.

Qui était donc ce Cadurc propulsé au cœur de cette redoutable affaire politico-religieuse ? De lui, on sait peu de choses. Ses ennemis le décrivent comme « intriguant, remuant et brouillon » ( E . Vacandard – Vie de Saint Bernard, abbé de Clairvaux ). On le sait comblé de bénéfices. Il est chanoine de Saint-Etienne de Bourges, archidiacre de Châteauroux, doyen de Saint-Aignan d’Orléans, doyen du chapitre de Montermoyen, prieur du chapitre de Saint-Ursin, abbé de Saint-Sulpice.


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